Coup de gueule
Il existe à l'heure actuelle des polémiques répugnantes
sur la véracité des dires de Pierre Clostermann.
Je suis profondément attristé par ce genre de débats,
qui ne font qu'étaler les petites sciences des uns et des autres
sur les évènements de la guerre aérienne. Je pense,
moi, à la souffrance que peut faire ressentir à l'intéressé,
ces débats stupides.
J'ai aujourd'hui 37 ans, et il y à une quinzaine d'années
de cela, je me suis fortement penché sur l'histoire de la première
guerre mondiale. Après avoir dévoré tous les ouvrages
possibles, des plus connus, aux journaux de guerre d'illustres inconnus
sortis tout droit des greniers de famille, j'ai voulu aller plus loin.
J'ai donc adhéré à une association d'anciens combattants,
obtenant ainsi la chance énorme d'être mis en relation
avec bon nombre de survivants (à l'époque il y en avait
encore pas mal). Puis un jour, je reçu une invitation officielle à assister à l'assemblée
générale annuelle de ce groupe, qui se tenait à Verdun,
et je fis, bien évidemment, le déplacement.
J'arrivais donc dans cette salle assez impressionné, et avec
le sentiment diffus d'être un voyeur, ce qui, je ne vous le cache
pas, me mettait très mal à l'aise.
L'ordre du jour fut donné par le président de cette association,
ancien combattant de Verdun lui-même, et, alors que je ne m'y
attendais pas du tout, il passa sur moi dans son discours de présentation,
et je me retrouvais braqué par tous les yeux soudains enflammés
de ces adorables grands-pères, dont bon nombre frôlaient
la centaine d'année.
Et je devins un héro....oui, ce jour là, un jeune garçon
devins le héro des héros, simplement parce que, du haut
de sa vingtaine d'année, ce garçon était là pour
eux, leur disant implicitement qu'on se souvenait d'eux, simplement
parce que cette présence, si longtemps après que ces
plaies ne se soient définitivement pas résignées à se
refermer,
leurs souffrances devenaient utiles...juste parce qu'un jeune garçon
s'y intéressait.
Alors ils me racontèrent, probablement en déformant les évènements,
parfois, mais toujours parce que l'intensité de ce qu'ils avaient
vécu prenait le pas sur leur mémoire. Mais aucun, non
aucun, ne fut capable de parler sans finir par pleurer.
Alors, Monsieur
Clostermann, je voulais vous dire que ces polémiques
sur vous n'intéressent que les imbéciles,et que peu importe
que les récits de votre guerre soient précis ou parfois
déformés par le poids de ce que vous avez vécu...car
l'insulte faite nous est faite à nous tous, plutôt qu'à vous,
la polémique nous souille nous, et non pas vous.....
_12F_Luga