Si l’idéologie soviétique prônait l’égalité
entre les hommes et les femmes et de fait si l’Armée Rouge
employa dans ses rangs nombres de femmes comme auxiliaire, il n’était
pas encore question de les employer comme combattant. C’est la
brutale et menaçante attaque de l’Union Soviétique
par les armées hitlériennes qui fera franchir le pas aux
comandants soviétiques, sur les demandes pressantes des femmes
elles-mêmes.
Durant la grande guerre patriotique, l’armée rouge comptera
dans ses rangs, un million de femmes mais seulement 58000 d’entres-elles
vont combattre l’ennemi « dans le blanc de l’œil
» et par conséquent épousé le même
sort que les « frontovik » (combattants du front). Parmi-elles,
des pilotes vont combattre sur tout type d’appareil, du yak 1
au PE 2, en passant par le Sturmovik. Elles seront de tous les conflits
(Allemagne et Japon) et participeront à toutes les grandes batailles
(Stalingrad, Kouban, Koursk, Berlin). Elles acquerront sur le front
un grand nombre de décorations et 68 d’entres-elles recevront
la plus haute distinction soviétique, la médaille d’or
des héros de l’URSS. Mais il serait injuste d’évoquer
seulement les femmes pilotes, les femmes mécanos ou armurier
ont fait preuve également d’une grande abnégation,
travaillant comme leur confrère masculin en plein vent et par
tous les temps.

Nadia Popova et son mari
Simon Kharlanov
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Apres la
victoire, le commandement soviétiques va renvoyer ces
femmes combattantes à leur foyer, considérant
maintenant que le rôle de la femme soviétique était
d’être mère de famille et non plus soldats.
Beaucoup de femmes pilotes vont se marier avec les pilotes qu’elles
ont côtoyés pendant la guerre.
Le statut de la femme dans l’armée rouge retournera
à celui d’auxiliaire.
Avant guerre,
les komsomols (jeunesses communistes) soutenue par l’Ossoaviakhim
(vaste organisation pour la promotion de l’aéronautique),
considérant que l’aéronautique était
un lieu pas excellence qui pouvait promouvoir l’idéal
soviétique de la parité entre homme et femmes,
on encouragea et forma de nombreuses femmes pilotes. C’est
ainsi que Marina Raskova obtint son brevet de pilote en 1935
et devint une célébrité en 1937 en battant
trois records du monde de vol longue distance. Ce qui lui valu
de recevoir la médaille des héros de l’URSS
à l’age de 26 ans. Elle intégra par la suite
les VVS, tout comme cette autre femme pilote, Katya Budanova
qui servait d’instructeur de vol.
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Or dés le
début de la guerre ces femmes pilotes voulaient-elles aussi,
combattre les ennemis qui mettaient en péril leur patrie. Elles
demandèrent d’être transférées dans
des régiments militaires d’actives. On peut mesurer l’insistance
de leur motivation avec l’exemple de cette demande d’admissions
d’une jeune Moscovite V.A Petrachenkova : « ..Je veux
joindre les rangs des aviateurs de Staline et me consacrer à
notre patrie soviétique et parti communiste…»
ou de cette autre demande de Valéria Khomyakova de l’aéro-club
de Leningrad : «… Je vous demande de me laisser rejoindre
l’armée rouge et de m’envoyer combattre sur le front…
».
Dans
un premier temps, les autorités soviétiques firent
la sourde oreille jusqu'à ce que les troupes fascistes
menacent Moscou. Les VVS durement éprouvés, la Stavka
aux aboies céda à l’insistance de Marina Raskova
qui usa de son influence auprès de Staline, pour obtenir
la permission de constituer une unité de combat féminine.
L’ironie de cette affaire c’est que ces très
jeunes femmes formées dans les aéro-clubs et a qui
l’on refusait le droit de combattre, avaient parfois plus
d’heures de vols à leur actif et donc plus compétentes
que certains des pilotes des VVS.
Finalement,
les aviatrices eurent gain de cause, le 8 octobre 41 l’oukase
99 ordonnait la création de trois régiments d’aviations
de combats féminins : le 586ème IAP (chasseur),
le 587èmePBAP (bombardier en piqué) et le 588ème
NBAP (bombardier de nuit).
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les femmes pilotes du
NBAP |
De suite des centaines
de femmes se présentèrent pour s’enrôler.
On les regroupa au sein de l’ « unité 122 »
sous la férule de Marina Raskova, chargé de former les
futurs régiments sur la base de Engels, près de Saratov
au bord de la Volga. Il faut bien saisir qu’à l’origine
ces trois régiments étaient composés exclusivement
de personnel féminin, du pilote au mécanicien, en passant
par le commissaire politique, tous étaient des femmes. Mais après
la mort tragique de Marina Raskova en janvier 43 dans un accident d’avions,
le 586ème IAP et le 587éme PBAP perdirent à regret
leur autonomie, on leur adjoignit des cadres et des personnels masculins.
Seul le 588ème NBAP est resté totalement féminin
tout le long de la guerre.
NBAP à Stalingrad
Au bout de 6 mois
d’un entraînement intensif, les régiments étaient
transférés sur le front, à Stalingrad. Pour prouver
leur courage et présageant les outrages qu’elles subiraient
en cas de capture, les femmes pilotes prirent la résolution de
ne pas emporter de parachute et de se suicider si elles tombaient aux
mains de l’ennemi. Décision qui causa un drame à
l’une d’entre-elles, quand abattue suite à un combat
aérien, la femme pilote parvint à se poser en catastrophe
mais voyant des soldats courir dans sa direction, elle prit son revolver
et se tira une balle dans la tête… en fait il s’agissait
de soldats soviétiques. Complètement désorientée
pendant le combat, elle avait cru être en territoire ennemi
Très
rapidement devant la pénurie de pilotes, de radio-navigateurs
et de mécaniciens masculins au sein des VVS, on transféra
aussi les femmes en surplus (qui servirent même comme mitrailleur),
dans les unités masculines où elles furent accueillies
avec beaucoup de réticence. Les hommes ne voulaient pas
avoir une femme comme ailier ou monter sur un appareil entretenu
par une femme, ils n’avaient pas confiance en elles. Mais
les femmes par leur détermination et leur compétence,
vinrent à bout des préjugés de leur homologues
masculins. En 1944 on pouvait recenser plus de 5000 femmes employées
dans les VVS. |
Konstantinova
décorée de 3 ordres de la Gloire |

Lilya
Litvyak "La Rose Blanche" |
Les
plus célèbres femmes pilotes transférés
dans les régiments masculins, furent sans nul doute, Lilya
Litvyak et Katya Budanova transférées toutes deux
au 296ème IAP/73ème GvIAP. Lilya Lytvyak, en 126
missions abattra plus de 15 ennemis, dont certains étaient
des as aux nombreuses décorations. Elle fut finalement
abattu à son tour le 1èr août 1943, c’était
sa troisième missions de la journée et elle escortait
des sturmoviks. La chasse adverse leur tomba dessus et quand le
leader s’aperçut qu’il y avait Lilya de la
partie, il donna ordre a ses 7 Bf 109 de délaisser les
Iliouchine et de se concentrer sur le yak-1 N° 23. Les 8 Bf
auront raison d’elle, elle avait 22 ans. Elle avait fait
son premier vol à l’age de 14 ans dans un aéroclub
civil et était devenu instructeur de vol par la suite.
Quant à Katya Budanova, elle abattit 11 avions et se tua
dans un atterrissage forcé après un combat endiablé
où elle parvint à abattre un adversaire.
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Mais
on peut citer d’autres femmes pilotes :
-
L.i. Shulaykina à coulé avec son Il2, lors des combats
de Taman, 3 transports de troupes, quelques chalands et un mouilleur
de mine.
- Yekaterina Zelyenko du 135ème BBAP, a été
la seule femme à faire un Taran. Son Su-2 a été
attaqué par un groupe de Bf 109, son mitrailleur à
réussit à abattre un de ses poursuivants, mais fortement
endommagés et condamné, est parvenue à s’écraser
contre un de ses assaillants.
- Anna Timofeyeva-Yegorova, adjointe du comandant du 805ème
ChAP, c’était la seule femme du régiment.
Elle fut abattu à bord de son Iliouchine en 1945 au-dessus
de l’Allemagne. Souffrant de multiples blessures, gravement
brûlée elle fut capturée et internée
dans un camp de prisonnier allemand.
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Krasnokutskaïa |
Elle survécut
à ses blessures grâce à un prisonnier russe qui
était médecin. Lorsque les Russes "libérèrent"
le camp... ils l'envoyèrent dans un Goulag ! "Il n'y a pas
de prisonniers russes, seulement des traîtres" avaient dit
Staline. Lorsqu'elle fut rapatriée, elle s'aperçut que,
présumée morte, elle avait été nommée
à titre posthume "Héros de l'Union soviétique"...!
Elle fut par la suite réhabilitée.
Le 586ème
IAP :
Il était équipé de Yak-1 puis de Yak-7 et Yak-9.
Sa mission était l’interception des bombardiers. En 4419
missions elles ont engagé 125 combats et abattu 38 avions. Le
premier bombardier abattu, mieux la première victoire de toutes
les femmes pilotes, fut un Ju 88 en septembre 1942, par Valerya Khomyakova
qui sera abattu quelques temps plus tard. L’as de ce régiment
fut sans nul doute Olga Yamshchikova qui serait crédité
de 17 victoires, elle devint par la suite pilotes d’essais.
Le régiment participa aux batailles décisives de Stalingrad
et de Koursk et à la campagne de Hongrie.
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Le 587ème
BAP / Gv 125ème PBAP « Borisov » :
Les femmes commencèrent leur entraînement sur le
Su-2 mais furent finalement équipées de Pe-2. Elles
réalisèrent 1134 missions, larguant 980 t de bombes.
Pour ses exploits, ce régiment fut élevé
au rang de la garde en mai 43 et prit comme il est d’usage
le nom de la localité où il s’est distingué
au combat, ici Borisov, ville qu’il contribua à libérer.
Le succès le plus stupéfiant de cette unité
est à mettre au compte de Mariya Dolina qui abattit avec
son Pe-2 deux avions ennemis coup sur coup, un Bf 109 et un Fw
190 !
C’était Marina Raskova elle-même qui dirigeait
cette unité. Elle se tua le 4 janvier 43 en convoyant des
Pe-2 sur Stalingrad, prise dans une furieuse tempête de
neige elle s’écrasa par manque de visibilité
au Nord de Stalingrad sur les hautes falaises de la rive Ouest
de la Volga. Aucun équipage des trois Pe-2 ne survécu.
Un vibrant hommage fut dédié à cette unité
par les pilotes de la France libre du Normandie-Niemen qui combattirent
souvent à côté de ses femmes : «
Même s’il était possible de cueillir et de
déposer à vos pieds toutes les fleurs de la terre,
cela ne constituerait pas une reconnaissance suffisante de votre
valeur ». |
Marina Raskova
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Le 588ème
NBAP / Gv 46ème NBAP « Taman ».
Elles commencèrent leur exploit avec le Po-2 bombardant les troupes
et aérodromes ennemis pendant leur repos, la nuit. La tactique
était simple, elles volaient par paire en rase motte puis en
vue de l’objectif, prenaient de l’altitude et piqué
dessus moteur coupé. Quand les gardes allemands entendaient les
sifflements caractéristiques du vent dans les haubans, il était
déjà trop tard, les bombes leur tombaient dessus. Une
fois, le 5 novembre 1942, un lâché de bombes fut particulièrement
heureux, il tomba sur le dépôt de carburant de l’aérodrome
d’Armavir, l’explosion détruisit six Ju 88 et un
He 111.
Excédé les Allemands, prirent des mesures. Il employèrent
des Bf 110 en couverture de nuit sur les aérodromes qui firent
des dégâts chez les Po-2. Ceux-ci construits en bois et
tissus prenaient littéralement feux sous les coups des mitrailleuses.
Ailleurs ils entouraient les zones exposées par une ceinture
de projecteur, dès qu’un Po-2 passait dans les rayons la
flak se déchaînait dessus et l’abattait immanquablement.
Alors les vaillantes aviatrices mirent au point une parade, elles attaquaient
à trois. Pendant que deux d’entres-elles attiraient la
flak sur elles, la troisième larguait ses bombes, puis était
remplacé et servait d’appât à son tour, ainsi
de suite jusqu'à ce que les trois Po-2 aient largué leurs
bombes. On peut imaginer le courage et l’héroïsme
de ces femmes
Katya Ryabova
et Nadya Popova |
On peut
considérer comme hommage à leur valeur, ce qu’écrivit
le 2 septembre 1942 l’Hauptman Johanes Steinhoff du II/JG
52, l’as aux 101 victoires : « Nous ne pouvions
tout simplement pas croire que les pilotes soviétiques
qui nous causèrent les plus gros problèmes étaient
en fait des femmes. Elles n’avaient peur de rien. Elles
venaient nous harceler nuit après nuit dans leur biplan
rustique, et durant de longues périodes ne nous laissaient
pas fermer l’œil de la nuit ». C’est
de cette époque que les Allemands baptisèrent
ces femmes « les sorcières de la nuit ».
Par la suite
le régiment fut équipé de Pe-2, et on employa
la valeur de ces femmes pilotes de manière intensive.
Par exemple durant les combats du Caucase, ces femmes soutenaient
un rythme d’une quinzaine de missions par nuits. Le record
fut détenu par Katya Ryabova et Nadya Popova, qui ont
accompli 18 missions en une nuit ! D’ailleurs la plupart
des femmes pilotes de ce régiment ont fini la guerre
avec une moyenne d’un millier de missions a leur actif.
Pour comparaison le triple héros de l’union Alexandre
Pokrichkyne qui a combattu du premier au dernier jour de la
guerre a totalisé 650 missions, l’autre triple
héros Ivan Kosedub, 326 missions. C’est pourquoi,
ce régiment fut le plus décorés de tous
les VVS, avec 23 médailles des héros de l’URSS
et des dizaines d’autres décorations.
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Le régiment
accéda au rang honorifique de la garde, le 6 juillet 1943 au
cours des furieux combats de Taman.
En tout le régiment a accompli 23672 missions et largué
3000 t de bombes, 47 femmes pilotes et navigateurs sont tombés
à l’ennemi pour leur patrie.
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